Courir suscite une sensation particulière. Une sensation qui... enfin... si vous ne l'avez pas vécue, vous ne pouvez pas comprendre. En chacun de mes pas heurtant le bitume résonne en moi l'écho de mon coeur et me répète inlassablement que je suis là, en vie. Je ne fais du pas footing. Le footing, c'est pour ceux qui veulent faire admirer leur survêtement ou leurs chaussures à la mode. Non, moi je cours à perdre haleine. Les lieux sombres sont mes endroits préférés. Je n'y vois pas mon ombre me poursuivre ou tenter de me dépasser. Dans les lieux sombres, il n'y a ni ombre, ni fantôme. Il n'y a que moi.
Ce matin était parfait. Dans l'air flottait la fraicheur de l'hiver, le souffle du vent de griffait le visage. J'ai décidé de traverser le parc de Frégeneuil. Je l'ai vite regretté car je ne suis pas resté seule bien longtemps. Presque tout de suite, ils se sont insinués dans mon esprits. Ces démons qui me poursuivent quand je baisse ma garde. C'est pour cela que je cours, pour leur échapper. Sauf qu'une fois mon attention relâchée, ils reviennent à la charge.
J'ai accéléré jusqu'à courir à perdre haleine. Mais je ne pouver leurs échapper. Je me suis retrouvé dans le passé, proche et lointain à la fois. Il m'absorbait. J'ai du remonter lentement à la surface avant de pouvoir en sortir. Sans cesser de courir, j'ai pris la direction de la maison, me concentrant sur mes pieds, prenant garde à ne jamais les poser sur une fissure du trottoir, ni sur un joint de pavé, ni sur une saleté quelle qu'elle soit. Concentre toi. Ne pense à rien. C'est la seule façon de ne pas penser à des choses auxquelles tu ne devrais pas penser. C'est ce que je me disais. Je courais si vite que ma respiration ne parvenait pas à me rattraper. J'ai atteint ma porte de maison, le coeur battant à tout rompre. C'était bon. Penchée en avant, les mains appuyées sur les genoux, j'inspirais avec difficulté tout l'oxygène que je pouvais. Je n'avais pas couru autant que d'habitude, pas plus de trois quarts d'heure. Mais j'avais extérioriser ce que j'avais en moi pendant le court moment où rien ne s'infiltrait dans mon esprit.
Courir me remplit d'un sentiment d'attente. Comme si je courais vers quelque chose. Comme s'il me suffisait de courir un peu plus vite et tendre le bras pour enfin toucher ce qui est hors de ma portée, pour enfin transformer ma vie. Oui, c'est le mot : transformer.